chapitre quatre — Article quatre
Protéger
la panthère
Partenaire de longue date de Cartier for Nature, Panthera adopte, en Afrique du Sud et en Zambie, une approche communautaire pour protéger les léopards, espèce appartenant au groupe des panthères.
En offrant des alternatives synthétiques, fabriquées localement, aux vêtements en peau de léopard, l’ONG contribue à protéger des populations d’animaux sauvages, à préserver des traditions locales, à permettre une meilleure cohabitation entre l’homme et la nature, tout en soutenant les communautés afin qu'elles accroissent leurs revenus. Panthera s’est entretenue en exclusivité avec le 365 pour évoquer ses réussites, ses défis et ses espoirs pour l’avenir.
Qu’est-ce qui vous a incités à créer le projet Panthera Furs For Life ?
Nous avons pris conscience de l’ampleur de la menace que représente le commerce illégal des peaux lorsque nous travaillions dans le nord du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, et que nous nous intéressions à l’industrie de la chasse au léopard. Notre équipe a été invitée à un rassemblement Shembe, une faction de l’Église Baptiste de Nazareth, où nous avons vu des danseurs porter de grandes quantités de fourrures de léopards véritable, certaines peaux étant même proposées à la vente. C’est ainsi qu’est né le projet du programme Furs for Life, qui a mené à la création des fourrures synthétiques Heritage Furs.
Comment abordez-vous les communautés tout en veillant à respecter leurs traditions ?
La clé, c’est de présenter les fourrures Heritage Furs aux dirigeants d’une tribu, d’une culture ou d’une religion en leur faisant part des retours positifs d’autres groupes déjà engagés dans le programme, et de s’assurer de leur soutien avant de s’adresser à l’ensemble de la communauté. À travers ce projet, nous souhaitons accompagner les commerçants et couturiers locaux dans leur transition vers l’utilisation de peaux synthétiques. Ces stratégies ont déjà été utilisées avec les Lozis, les Shembe et l’église congrégationaliste africaine : à ce jour, 40 couturiers ont été formés.
Quel a été le processus de développement des peaux synthétiques ?
Tout d’abord, nous avons photographié d’authentiques peaux de léopards confisquées, qui ont ensuite été numérisées en fonction du nombre de pixels requis par les machines à tricoter circulaires utilisées pour produire le tissu ressemblant à la fourrure. Le processus de numérisation à lui seul a pris plusieurs semaines, car nous avons dû trouver un moyen pour que les machines traitent des motifs complexes de plus de deux mètres de long et réduisent la myriade de couleurs d’une véritable peau de léopard pour n’en conserver que six, le tout en gardant un aspect authentique.
Ce programme a-t-il eu un impact sur l’autonomisation des femmes dans ces communautés ?
Traditionnellement, ce sont les hommes qui cousent à la main les peaux de félins, car cela fait partie d’une industrie illégale à haut risque comprenant le braconnage, la couture, le commerce et la contrebande. Avec l’introduction des fourrures synthétiques et légales Heritage Furs, qui sont plus douces, un processus de confection à la machine à coudre était nécessaire. Nous avons pu donner aux femmes les moyens d’apprendre et de pratiquer ce savoir-faire, qui peut également être utilisé pour créer des vêtements traditionnels et des uniformes scolaires portés par la communauté.
Quel a été l’impact sur les populations de panthères?
Panthera investit massivement dans la surveillance continue des populations de panthères, dont les léopards, afin d’évaluer l’impact de ses diverses interventions de conservation, comme celle de Furs for Life. En Zambie, le parc national de Kafue et les zones de gestion du gibier environnantes étaient connus pour être des sources d’approvisionnement en peaux de léopards. Panthera a commencé à surveiller plusieurs sites dans cette région en 2018, soit la même année que celle où nous avons commencé à distribuer des fourrures Heritage Furs aux Lozis, un peuple de l’ouest de la Zambie. Par la suite, nous avons constaté des augmentations substantielles de la densité de population de léopards dans presque tous les sites surveillés, cette densité ayant plus que doublé par rapport à 2018.
Nous recherchons actuellement des fonds pour lancer un projet de génétique médico-légale qui permettra de constituer une base de données génétique régionale couvrant la majeure partie de l’Afrique australe. Cela nous permettra de déterminer l’origine des peaux de léopards commercialisées illégalement, ce qui nous aidera à mieux cibler les efforts de conservation de Panthera.
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